Entretien avec Esther Paquet

«Ensemble, tout est possible. »

La diplôméwe de travail social, Esther Paquet

10 décembre 2020Johanne Gaudet, membre du Conseil de diplômés de la Faculté des sciences humaines de l’UQAM, écrit la série d’entretiens « Ici, on change le monde* ». À l’occasion de son deuxième entretien, elle a rencontré Esther Paquet, détentrice d’un baccalauréat en travail social (1991) et d’une maîtrise en droit (2004) à l’UQAM.

Valeurs prisées de l’UQAM : Accès à l’éducation, engagement dans la communauté
Valeur personnelle et professionnelle : Justice sociale

Esther Paquet est une ressource indispensable pour qui veut bâtir un réseau d’entraide, elle qui réseautait bien avant que le terme ne devienne populaire. Dès que le projet de mener une série d’entretiens avec des diplômés des sciences humaines a pris forme, je l’ai mise sur la touche pour obtenir des noms de candidates et de candidats. Elle m’a proposé une liste longue comme ça. Et à la fin, son nom. Je ne savais pas qu’elle avait étudié en travail social à l’UQAM, mais j’étais ravie qu’elle accepte de partager des bribes de son parcours parce qu’il est éminemment exemplaire !

Pourquoi avez-vous choisi l’UQAM pour étudier en travail social ?

« Pour moi, étudier à l’UQAM allait de soi. Université implantée au centre-ville, université ouverte à l’accueil de différents profils de candidats et, en plus, c’était une université reconnue pour son implication dans la communauté. Tous ces critères suffisaient à m’identifier à cette institution. J’avais 30 ans, un DEC, je travaillais dans une garderie populaire du Centre-Sud, j’aspirais à une société plus juste. Dès que j’ai mis les pieds à l’UQAM, je me suis sentie à l’aise, j’étais à la maison. »

Esther rappelle qu’elle était féministe, éprise de justice et d’équité, et que la formation en travail social lui semblait être le meilleur parcours à suivre. Pour qui pense que le travail social est une discipline uniquement orientée vers l’aide individuelle, il faut savoir qu’il existe aussi un volet de formation axé sur le travail communautaire.

«J’ai toujours crû qu’il fallait emprunter ces deux voies. Autant pour comprendre les causes des injustices que je dénonçais que pour encadrer mes actions, parfois individuelles, parfois collectives. Mon premier choix a été d’œuvrer dans les centres de femmes. J’y ai développé des habiletés en intervention et une connaissance plus sensible en matière de droits sociaux.»

Son cheminement la conduit jusqu’à joindre les rangs d’une OBNL chargée de défendre les droits des petits salariés, Au Bas de l’échelle (1). Dans ce milieu, les iniquités sont importantes et touchent particulièrement les femmes : aides ménagères, travailleuses dans les agences de placement temporaire, dans les manufactures, plusieurs immigrantes, toutes sans ressources, sans contrat, sans syndicat. Esther devient porte-parole de l’organisme et participe à la coordination de la Marche mondiale des femmes, en 2000 (2). Elle est également responsable des dossiers politiques avec le mandat de faire connaître les revendications des travailleurs et des travailleuses aux différentes instances gouvernementales et syndicales. L’UQAM vient à sa rescousse. « J’avais acquis une bonne expertise, je connaissais bien les dossiers et j’avais la volonté d’agir pour faire changer les lois et les normes du travail. Je savais cependant que je devais acquérir une meilleure compréhension du droit dans la société pour discuter avec les décideurs et les convaincre.» Elle s’inscrit alors à la maîtrise en droit social et du travail à l’UQAM, « une des meilleures décisions de ma vie ! »

Vos études ont-elles répondu à vos idéaux ?

Quand on aborde cette question, Esther est modeste mais lucide. « Je crois profondément que les équipes avec lesquelles j’ai travaillé ont fait une différence en ce qui concerne les inéquités à l’égard des femmes et des travailleurs. Prenons l’exemple du harcèlement psychologique au travail, un dossier sur lequel j’ai travaillé au sein de Au bas de l’échelle. Nous avons joué un rôle de premier plan pour dénoncer ce problème et identifier les droits des victimes. Après des années d’études, d’une recension de cas et de nombreuses rencontres interministérielles, nous avons obtenu que la loi soit modifiée et apporte une meilleure protection aux victimes. Le Québec a innové en cette matière et nous avons été les premiers au monde à légiférer sur cette question. Du coup, une partie de mes idéaux de justice était atteint. »

Que souhaitez-vous dire à ceux et celles qui voudraient s’inscrire à des études en travail social ?

« J’aimerais leur dire que le travail social touche à un nombre infini de domaines. C’est une porte ouverte sur le monde et les occasions de “changer le monde”, en tout cas d’améliorer notre société et la vie des individus, sont multiples. Bien sûr, il faut avoir conscience que l’on travaille avec la misère humaine, d’où émanent souvent la révolte et la colère. Mais si vous êtes concernés.es par le monde dans lequel vous vivez, si vous avez envie de l’améliorer, la formation en travail social peut mettre un cadre théorique sur vos actions et vos valeurs et vous aider à atteindre vos idéaux ! »

Avant de mettre fin à notre entretien, Esther Paquet me fait le plaisir de reprendre certains slogans qui ont jalonné ses interventions en milieu communautaire :

  • On veut des garderies, pas des garde-robes !
  • La rue, la nuit, femmes sans peur !
  • Ensemble, tout est possible ! (3)

« Tout cela peut sembler ringard mais au final, c’est vrai qu’on a besoin des autres pour traverser les moments difficiles et la vie communautaire nous apprend l’entraide et la solidarité. »

Merci Esther Paquet pour votre franchise et votre enthousiasme pour le travail social. Merci d’avoir accepté de partager des moments de votre parcours ainsi que vos idéaux de justice et d’équité. Nous les ferons nôtres !

(1) Au bas de l’échelle se définit comme un groupe d’éducation populaire et de défense des droits des travailleuses et des travailleurs non syndiqués. Fondé en 1975, l’organisme offre des dizaines de services axés sur l’information et la formation, en plus de participer à des coalitions nationales sur les droits du travail.
(2) La Marche mondiale des femmes origine de la marche québécoise «Du pain et des roses» qui s’est tenue en 1995, pour s’élever contre la pauvreté et la violence faite aux femmes. Cette marche s’est transformée en mouvement mondial de solidarité, en 2000, alors qu’elle s’est déployée dans plus de 160 pays. On estime qu’au Québec, 40 000 personnes ont participé à cette marche.
(3) Quelques slogans-phares :
La rue, la nuit, femmes sans peur. Ce slogan a été utilisé par les mouvements féministes occidentaux dans les années 1970, pour réagir à la violence faite aux femmes et aux agressions à caractère sexuel. Ici, au pays, 500 personnes ont marché dans les rues d’Ottawa pour la 41e fois, en 2019.
On veut des garderies, pas des garde-robes. Ce slogan est lié aux revendications des parents, des éducatrices et des mouvements sociaux visant l’instauration d’un réseau universel de garderies subventionnées par l’État et gérées par les usagers. Années 1970-1980.
Ensemble, tout est possible. Voilà un slogan qui a traversé plusieurs décennies et qui est toujours en usage pour appuyer une levée de fonds, une rentrée scolaire, une marche pour la paix, etc. En 2020, différents mouvements alternatifs tels que la WWF et les altermondialistes l’utilisent pour rappeler aux dirigeants leurs engagements face aux changements climatiques. En 2016, le slogan a soutenu la lutte contre le SIDA, en 2014, les Journées d’actions syndicales en France. Et ainsi de suite.

*« Ici, on change le monde » est une série d’entretiens rédigés par Johanne Gaudet, membre du Conseil. « La conviction que des études en sciences humaines forment des professionnels, hommes et femmes, qui participent à changer le monde est l’idée derrière cette série d’entretiens que le Conseil de diplômés de la faculté diffuse en 2020-2021. Aux diplômées, diplômés que nous rencontrons, nous demandons : vers quelles professions et dans quels milieux les sciences humaines vous ont-elles guidé ? Quels outils vous ont fourni les sciences humaines pour comprendre le monde et agir comme agent de changement? Y a-t-il des actions concrètes qui vous donnent le sentiment de participer à changer le monde ? » – Johanne Gaudet

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