Entretien avec Jean-Marc Adjizian

« J’agis sur l’agentivité et la mobilisation et, à plus ou moins long terme, les changements surviennent. »

Jean-Marc Adjizian, diplômé du Diplôme d'études supérieures spécialisées (DESS) en planification territoriale et développement local (PTDL) et de la maîtrise en géographie.

5 novembre 2020Johanne Gaudet, membre du Conseil de diplômés de la Faculté des sciences humaines de l’UQAM, écrit la série d’entretiens « Ici, on change le monde* ». À l’occasion de son premier entretien, elle a rencontré Jean-Marc Adjizian, détenteur d’un Diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en planification territoriale et développement local (PTDL) et d’une maîtrise en géographie à l’UQAM.

Valeur prisée de l’UQAM : accessibilité
Valeur personnelle et professionnelle : sens critique, vulgarisation

Notre rendez-vous a tenu le coup, malgré la pandémie, malgré les restrictions sanitaires et l’ambiance générale, plutôt délétère. Jean-Marc Adjizian est tout le contraire de quelqu’un qui se laisse abattre par la situation. « Ma conjointe travaille dans le milieu de la santé alors elle, elle connaît les pires situations de la pandémie, pas moi. Et en plus, je trouve l’idée de l’entretien intéressante, je ne voulais pas rater notre rendez-vous. »

Jean-Marc Adjizian est diplômé du DESS-PTDL et j’ai fait sa connaissance lors du colloque célébrant le 20e anniversaire de cette formation, en janvier 2020. Il y présentait notamment l’Observatoire québécois du loisir, une vigie qui diffuse et analyse les pratiques professionnelles et les politiques publiques en matière de loisir sous toutes les formes, culturel, sportif, communautaire, scientifique, et sur tous les continents. Sa contribution professionnelle à cette vigie publique, jumelée à une vision du citoyen engagé dans son propre développement, Jean-Marc présentait haut la main tous les critères pour participer à nos entretiens ! 

Est-ce que votre engagement citoyen est né lors de votre formation au DESS-PTDL ?

« Avant le DESS, j’ai étudié en relations internationales parce que je voulais travailler dans une ONG et aider au développement des communautés. Mais j’ai réalisé que ce n’était pas vraiment ma voie. Par contre, le désir de travailler sur le terrain avec les populations est resté intact et c’est ce qui m’a séduit dans le DESS-PTDL. J’ai même pu mettre mes connaissances au service de l’international puisque j’ai fait mon stage à Beyrouth (1) pour répertorier le patrimoine bâti et faire le portrait de  sa préservation. »

Au fil des ans et de ses rencontres, Jean-Marc Adjizian finit par développer un intérêt grandissant pour les loisirs comme vecteurs pour le développement des personnes et des communautés. Entendons loisir dans son sens le plus large, c’est-à-dire une expérience d’inclusion pour les populations, avec la capacité de rassembler, de mobiliser et de faciliter le réseautage.

Si les bienfaits des loisirs sont reconnus pour la majorité, qu’en est-il pour les groupes minoritaires ? En 2017, Jean-Marc participe à une recherche exceptionnelle sur ce sujet, en partenariat avec La Maisonnée (2). Le but de l’étude est de produire le tout premier portrait de la situation du loisir extrascolaire au Québec en lien avec l’intégration des immigrants.

« Le portrait a permis d’affirmer que le loisir est bel et bien un vecteur d’intégration et même un facteur d’affirmation identitaire. Cette étude constitue un outil précieux pour quiconque s’intéresse au développement des collectivités et aux enjeux sociaux relatifs à la diversité culturelle. Il y a beaucoup à faire dans ce domaine au Québec et j’entrevois reprendre ce dossier lors d’éventuelles études postdoctorales… »

Jean-Marc a mille et un projets à réaliser. Études doctorales en Human Kinetics, recherche sur l’expérience d’intégration communautaire dans différents quartiers de la région métropolitaine avec la patinoire du Bleu-Blanc-Rouge, interventions au sein de L’Escabeau, une coopérative de travailleurs et travailleuses qu’il a cofondée et dont l’un des projets touche les loisirs intermunicipaux dans le Témiscamingue. 

Pourquoi l’UQAM ?

« Tout jeune, j’inventais des maladies pour ne pas aller à l’école. A présent, comme dit ma mère, on ne peut plus t’arrêter d’étudier. En fait, toutes mes formations s’imbriquent les unes dans les autres et au final, c’est la volonté de participer au développement social et communautaire des citoyens qui me guide et me pousse à aller chercher les formations dont j’ai besoin. Plusieurs professeurs au DESS-PTDL m’ont aidé à devenir professionnel, à développer mon esprit critique et toutes les habiletés pour travailler sur le terrain. Écouter est l’une des grandes qualités de ma profession ainsi que l’ouverture d’esprit. Bien entendu, puisque nous travaillons avec les décideurs – chefs d’entreprises ou élus – et les citoyens, il faut posséder la capacité de vulgariser autant que manier à bon escient le sens politique et le sens critique. »

Avez-vous le sentiment de participer à changer le monde ?

« C’est difficile de répondre à cette question sans paraître présomptueux. En en parlant autour de moi, j’ai constaté que certaines personnes adhèrent à cette idée, d’autres hésitent mais personne n’est indifférent. Je dirais que je contribue à aider les citoyens à changer le monde en leur fournissant des outils et des connaissances pour le faire. J’agis sur l’agentivité (empowerment) et la mobilisation et je crois qu’à plus ou moins long terme, les changements surviennent. »

Merci Jean-Marc Adjizian d’avoir pris le temps de partager vos souvenirs d’étudiant au DESS-PTDL. Merci de nous avoir permis de suivre votre parcours et de mieux comprendre ce que des études en sciences humaines peuvent nous apporter comme professionnels et comme citoyens du monde.

(1) Deux jours avant notre entretien, une explosion meurtrière est survenue au port de Beyrouth détruisant des quartiers entiers de la capitale libanaise. (4 août 2020)
(2) La Maisonnée est une OBNL d’aide aux personnes immigrantes. Ses services gratuits touchent autant l’accueil des nouveaux arrivants que des ateliers de citoyenneté ou de recherche d’emploi, des loisirs interculturels, etc. 

*« Ici, on change le monde » est une série d’entretiens rédigés par Johanne Gaudet, membre du Conseil. « La conviction que des études en sciences humaines forment des professionnels, hommes et femmes, qui participent à changer le monde est l’idée derrière cette série d’entretiens que le Conseil de diplômés de la faculté diffuse en 2020-2021. Aux diplômées, diplômés que nous rencontrons, nous demandons : vers quelles professions et dans quels milieux les sciences humaines vous ont-elles guidé ? Quels outils vous ont fourni les sciences humaines pour comprendre le monde et agir comme agent de changement? Y a-t-il des actions concrètes qui vous donnent le sentiment de participer à changer le monde ? » – Johanne Gaudet

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Incontournable du domaine des sciences humaines et sociales, la Faculté des sciences humaines de l’UQAM propose des programmes d’études solidement ancrés tant sur le plan théorique qu’empirique. Elle offre un milieu universitaire dynamique, stimulant et inclusif propice à la réalisation de recherches novatrices, à la liberté intellectuelle et à la démocratisation des savoirs.

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